Hypersignal

Winca Mendy

28

May

-

09

July

2026

July 9, 2026

« La force d'une photo tient à ce qu'elle laisse ouverts à l'examen des instants que le flux normal du temps emporte immédiatement. Ce gel du temps - la stase insolente, poignante de toute photographie - a créé des canons esthétiques nouveaux, plus englobants » Susan Sontag, On Photography

Cette phrase pourrait ouvrir l’exposition Hypersignal comme on entrouvre une chambre noire : non pour y retrouver le monde, mais pour observer ce qu’il devient lorsqu’il traverse une suite d’opérations, de filtrages, d’expositions, de translations lumineuses. Premier solo show de l’artiste Winca Mendy depuis sa sortie de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris ; dont il est diplômé avec les félicitations du jury en 2025, l’exposition Hypersignal rassemble un ensemble de travaux où l’image apparaît moins comme représentation que comme phénomène en cours d’altération. Le titre de l’exposition provient du vocabulaire de l’imagerie médicale, en particulier de l’IRM. Dans ce contexte, le signal correspond à la réponse des tissus aux impulsions magnétiques ; l’image n’est jamais captation directe du réel, mais traduction d’écarts d’intensité. Un hypersignal désigne une zone anormalement lumineuse dans cette lecture : une anomalie, une densité, une insistance en cela, quelque chose qui déborde la simple reconnaissance des formes. L ’exposition Hypersignal ne propose pas des images à regarder, mais des phénomènes à déchiffrer. Radiographie, photographie infrarouge, émulsions photosensibles, impressions argentiques ou tirages lumen composent un ensemble de protocoles où chaque technique agit comme un filtre interprétatif. Dans l’oeuvre de Winca Mendy, l’image n’est jamais donnée ; elle est produite par une chaîned’opérations physiques, chimiques, lumineuses. Les tirages lumen occupent une place particulière dans l’exposition: réalisés sans appareil photographique ni négatif, ils consistent à exposer directement un papier photosensible à la lumière naturelle avec des objets ou des surfaces déposés sur celui-ci. Le temps, l’humidité, l’intensité solaire et l’oxydation, chorégraphient ensemble l’apparition de l’image. Des halos émergent, des brûlures colorées se propagent, des zones se voilent ou se saturent. L ’image se développe malgré elle, comme une réaction organique plus qu’une composition maîtrisée. Certaines des pièces présentées prennent appui sur des archives radiographiques (IRM, SCAN) d’œuvres d’arts et de sculptures en collaboration avec Le Centre de Recherche des Musées Nationaux.

Le travail de Winca prolonge de manière sensible certaines intuitions de Susan Sontag sur la photographie. Pour Sontag, toute image est déjà une interprétation du monde, un découpage qui transforme le réel en objet lisible, consommable, mémorisable. Pour l’artiste, ce mécanisme de transformation devient visible lui-même. Les œuvres montrent moins des sujets que les opérations qui conditionnent leur apparition. L ’image cesse d’être une surface transparente ; elle révèle son propre régime de fabrication, ses pertes, ses saturations, ses zones aveugles. Cette réflexion se prolonge également dans une interrogation plus large sur l’imaginaire collectif. Il travaille à partir de formes qui semblent déjà inscrites dans notre mémoire visuelle : halos proches de l’auréole religieuse, corps traversés rappelant la radiographie médicale, empreintes lumineuses évoquant le suaire ou la relique. Mais ces figures n’apparaissent jamais comme citations directes, elles circulent à l’état de résidus, de survivances techniques et émotionnelles, comme si notre imaginaire contemporain continuait de produire du sacré à travers les dispositifs scientifiques eux-mêmes. L ’artiste ne cherche pas à réactiver ces images de manière nostalgique ; il en interroge au contraire la persistance. Comment certaines formes continuent-elles d’organiser notre regard ? Que projetons-nous dans ces zones lumineuses, ces spectres, ces apparitions floues ? À travers ses protocoles techniques et poétiques, Winca Mendy met en crise notredésir de reconnaissance immédiate. Voir ne consiste plus à identifier une image stable, mais à interpréter ce qui insiste. L ’accrochage prolonge cette sensation. Tirages épinglés, surfaces exposées à la lumière d’une découpe, dispositifs fragiles : les œuvres semblent moins installées que momentanément stabilisées. Elles continuent silencieusement de réagir à leur environnement, comme si l’exposition entière demeurait photosensible.

Salomé Moindjie-Gallet

Recevez l'actualité de la galerie
Merci ! Vous serez le·la premier·ère au courant !
Oops! Veuillez réessayer.