collant, poisseux, visqueux

Clara Lou Villechaise, Rémi Galtier

19

March

-

14

May

2026

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Avec « collant, poisseux, visqueux », la Galerie Nicolas Salloum inaugure sa programmation par un geste fondateur. Cette première exposition ne se contente pas de réunir deux artistes : elle affirme une position curatoriale, une sensibilité et un engagement en faveur de pratiques émergentes qui évoluent dans les zones instables du réel.

Le choix de réunir Clara Lou Villechaise et Rémi Galtier  procède de cette ambition. Bien que distinctes, leurs pratiques partagent une même sensibilité à la transformation et à l’instabilité. Tous deux explorent des états intermédiaires de la matière et de l’image, produisant des environnements au sein desquels les formes semblent constamment en mutation.

La peinture de Clara Lou Villechaise se situe au seuil du paysage. Ses compositions reprennent les codes d’une nature idéalisée pour mieux les perturber. Des coulées épaisses, des surfaces instables et des textures visqueuses viennent troubler la lisibilité de l’espace. Les paysages paraissent contaminés, saturés, presque toxiques. La surface picturale devient un milieu dans lequel les formes glissent, fusionnent et se dissolvent. L’image ne fonctionne plus comme une fenêtre, mais comme une matière : une zone instable où la perception elle-même devient incertaine. Sa peinture construit des environnements à la fois mentaux et physiques, des espaces dans lesquels le regardeur se trouve progressivement absorbé par une atmosphère dense et ambiguë.

Face à ces environnements picturaux, les sculptures de Rémi Galtier surgissent comme des présences équivoques. Élaborées selon un processus intuitif et cumulatif, les formes semblent entravées, épaissies, transformées. Elles évoquent aussi bien des fragments d’architecture que des objets domestiques déformés ou des organismes en mutation. Leur fonction disparaît peu à peu, remplacée par une présence physique, presque corporelle. Les sculptures oscillent entre mollesse et tension, familiarité et étrangeté, suspendues dans un état intermédiaire. Pour cette exposition, Rémi Galtier a également conçu une série de socles asymétriques, spécifiquement pensés pour accompagner et soutenir les œuvres. Loin d’être de simples dispositifs de présentation neutres, ces structures constituent des composantes à part entière de l’exposition. Leurs géométries irrégulières et leurs subtils déséquilibres modifient la perception des sculptures et introduisent dans l’espace une forme d’instabilité silencieuse. Les œuvres semblent flotter, glisser ou se stabiliser provisoirement sur ces surfaces incertaines. Le socle devient ainsi le prolongement du langage sculptural et participe à la construction de l’exposition comme environnement.

Plusieurs œuvres intègrent également des éléments lumineux. La lumière, diffuse, semble parfois émaner de l’intérieur des formes, parfois simplement en effleurer les surfaces. Ces présences lumineuses n’éclairent pas au sens conventionnel : elles troublent, accentuent les textures et génèrent des ombres mouvantes. La lumière devient une matière supplémentaire, contribuant à l’atmosphère visqueuse qui imprègne l’exposition. L’espace lui-même semble s’épaissir, comme si les œuvres en modifiaient lentement la densité.

La rencontre entre les peintures de Clara Lou Villechaise et les sculptures de Rémi Galtier produit un environnement de contamination réciproque. Les peintures acquièrent une dimension sculpturale, tandis que les sculptures évoquent des paysages condensés. L’exposition se déploie comme un espace de circulation lente, où les formes adhèrent, persistent et se transforment. Le titre « collant, poisseux, visqueux » fonctionne comme une proposition critique. Il ne renvoie pas uniquement à des qualités matérielles, mais également à une condition perceptive. Les œuvres ne s’imposent pas immédiatement. Elles s’infiltrent, s’agrippent au regard et engendrent une expérience lente et sensorielle.

Avec cette exposition inaugurale, la Galerie Nicolas Salloum affirme une direction curatoriale claire : soutenir les artistes émergents, privilégier les formes instables et concevoir les expositions comme des environnements sensoriels. Cette exposition inaugurale pose les fondations d’une programmation attentive aux états transitoires, aux matérialités hybrides et aux pratiques qui résistent à toute stabilisation.

Ici, les formes ne se fixent pas.
Elles s’accumulent, dérivent et persistent.
Lentement, elles habitent l’espace.

Elles deviennent collantes,
poisseuses,
visqueuses.

Salomé Moindjie-Gallet

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